La bilirubine non conjuguée, un indicateur de l’ictère nucléaire

 

 

Prise en charge de l’ictère

Selon les Centres de Prévention et de Contrôle des Maladies*, 60 % des nourrissons souffrent d’hyperbilirubinémie. Les chercheurs étudient de nouvelles méthodes de dépistage et de traitement de l’ictère, qui est la première cause de réadmission des bébés à l’hôpital.

Le Pr De Luca, chef du service de pédiatrie et de réanimation néonatales, et professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire A. Béclère de Paris-Sud, a identifié une nouvelle relation entre le taux de bilirubine dans la peau et la bilirubine non conjuguée, circulante, chez les nouveau-nés, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d’étude quant au développement et la prévention de l’ictère nucléaire.


Les résultats des recherches du Pr De Luca ont été présentés pour la première fois lors du congrès annuel des Pediatric Academic Societies (PAS), en avril 2015.

 

Réapparition de l’hyperbilirubinémie
En 2000, le Pr De Luca, alors interne en Italie, a noté une recrudescence de l’hyperbilirubinémie chez les nouveau-nés,

accompagnée d’une augmentation des réadmissions lors de la mise en place des protocoles de sortie post-partum anticipée.

Avant ces nouvelles procédures de sortie, l’hyperbilirubinémie était diagnostiquée alors que les nouveau-nés étaient encore à l’hôpital, cette pathologie atteignant son niveau maximum entre le troisième et le cinquième jour après la naissance. Tandis qu’un nombre croissant de parents retournent à l’hôpital avec leur enfant malade, les médecins et administrateurs hospitaliers s’efforcent de diminuer les risques d’infection, tout en limitant les réadmissions. Les occasions de diagnostiquer et traiter cette pathologie se faisant plus rares, il existe davantage de risques que la bilirubine, une substance hautement neurotoxique, donne lieu à une maladie neurologique dévastatrice : l’ictère nucléaire.

Mes recherches ont démontré que les appareils de mesure de la bilirubine par voie transcutanée permettent de réduire les prélèvements sanguins chez plus de 50 % des patients. Grâce à eux, nous pouvons mesurer le taux de bilirubine dans la peau et l’utiliser comme paramètre clinique.”

 

— Le professeur Danielé De Luca, chef du service de pédiatrie et réanimation néonatales, et professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire A. Béclère de Paris-Sud

Classification de la bilirubine
Chez les nouveau-nés, l'hyperbilirubinémie est due à la destruction naturelle des globules rouges, ce qui augmente le taux de bilirubine. Ce pigment existe sous deux formes : “il est soit conjugué à l’albumine, qui l’empêche de quitter la circulation sanguine et de passer dans la peau, soit non conjugué ou libre”, ce qui permet son passage dans la peau et le cerveau, explique le Pr De Luca.


Afin de mieux comprendre la bilirubine circulant dans le cerveau, ce qui est potentiellement le plus préoccupant, elle a étudié la relation entre ses formes conjuguée et non conjuguée, à la fois dans la peau (transcutanée) et dans le sang (sérique). Sa méthode de recherche comprenait des mesures simultanées de la bilirubine transcutanée et de la bilirubine non conjuguée. Pour cela, elle a prélevé des échantillons chez 194 nouveau-nés atteints d’hyperbilirubinémie. Tout en tenant compte des autres facteurs, le Pr De Luca en a déduit qu’il existait une forte corrélation entre ces deux mesures.


Ses recherches démontrent que la fraction de bilirubine libre ou non conjuguée est à l’origine du passage de ce pigment dans la peau. On sait en outre qu’elle passe dans le cerveau. Le Pr De Luca a indiqué que la découverte de cette corrélation était significative pour les cliniciens car elle facilite l’identification des nouveau-nés à haut risque. En effet, il est à ce jour impossible de mesurer directement le taux de bilirubine dans le cerveau. C’est pourquoi elle pense que réaliser des tests sur ce pigment à l'aide d'appareils de mesure de la bilirubine par voie transcutanée pourrait nous aider à mieux identifier les effets neurotoxiques associés aux taux de bilirubine non conjuguée.

 

Mesure de la bilirubine libre ou non conjuguée

En matière de recherche et de méthodologie médicales, “il est vrai que la seule source de bilirubine circulant dans la peau est la bilirubine libre, mais cela ne signifie pas que la totalité de la bilirubine passe dans la peau.

Un certain pourcentage de bilirubine libre passant dans la peau est capté par un système de mesure de la bilirubine par voie transcutanée. Il est cependant impossible de dire si elle passe de manière homogène”, affirme le Pr De Luca. “Son comportement dépend de plusieurs facteurs dont l’âge gestationnel, la température cutanée et autres comorbidités médicales.”

 

Concernant le diagnostic, le Pr De Luca nous explique que mesurer le taux de bilirubine par voie transcutanée avec des dispositifs tels que le BiliChek permet de prévenir les traumatismes liés à la mesure de ce pigment. Il ajoute également : “Lors de mes recherches, les outils de mesure de la bilirubine transcutanée ont permis de réduire les prélèvements sanguins chez plus de 50 % des patients. Ils nous aident à évaluer la quantité de bilirubine dans la peau et à l’utiliser comme paramètre clinique.”

 

“Ils permettent de réduire le nombre de prélèvements sanguins et nous donnent plus de détails sur la physiopathologie de l’hyperbilirubinémie. La deuxième génération de dispositifs de mesure du taux de bilirubine libre ou non conjuguée dans la peau permet d’identifier, avec davantage de précision, les nouveau-nés présentant un risque de neurotoxicité due à la bilirubine. Ces dispositifs de mesure non invasive nous fournissent des informations permettant d’établir des corrélations très intéressantes. Sans cela, nous sommes face à un élément qu’il est difficile de mesurer”, indique le Pr De Luca.

 

Elle insiste également sur la nécessité de poursuivre ses recherches, en reprenant son travail et en analysant ses résultats plus en détail : “S’il existe une logique nous permettant au moins de supposer que le taux de bilirubine dans le cerveau est légèrement plus prévisible grâce aux tests sur la peau et que nous la découvrons, alors nous pourrons parler de victoire médicale.”

* “Jaundice and Kernicterus,” Centres de Prévention et de Contrôle des Maladies
http://www.cdc.gov/ncbddd/jaundice/facts.html (accessed 1 May 2015).

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