Diagnostiquer simplement l'Apnée du Sommeil


Il peut se passer plusieurs mois voire plusieurs années avant d’établir un diagnostic d’apnée du sommeil. Le plus difficile c’est de franchir la porte du médecin spécialiste. C’est alors le début de la prise en charge. À partir d’un examen médical et d’un entretien complet sur le sommeil du patient, ses habitudes, son hygiène alimentaire, le médecin peut identifier un potentiel Syndrome d’apnée du sommeil (SAS). En fonction de la consultation, il sera éventuellement proposé au patient un enregistrement de son sommeil. C’est un test indolore et sans danger, il est pourtant redouté par les patients : où, quand, et comment se déroule l’examen ? Est-ce douloureux? Est-ce contraignant?

Les électrodes sont-elles compliquées à installer? Perturbent-elles le sommeil des patients? Ce sont les questions les plus fréquentes.

 

Pour le Docteur Thibaut Gentina, pneumologue à l’Hôpital Privé de La Louvière ces doutes masquent le plus souvent la plus grande inquiétude : la peur du masque et du traitement avec une machine si le diagnostic est positif. C’est capital alors pour le médecin de rassurer, d’expliquer tout le processus et surtout d’insister sur le bénéfice apporté par le masque et la machine.  

Souvent le patient vient de lui-même car il a entendu dire que le ronflement perturbe le sommeil, souvent c’est le ou la conjointe qui se plaint de ce ronflement.

À la variété des situations, s’ajoute celle des profils de patients. Certains sont angoissés à l’idée de la consultation car ils ont peur du résultat. Peur qu’à partir du moment où ils mettent le pied chez le spécialiste, ils vont avoir un appareil pour la nuit à vie. Heureusement ce n’est pas toujours le cas. D’autres à l’inverse sont demandeurs d’un traitement car ils n’en peuvent plus.

 

Qui doit faire l’enregistrement du sommeil ?

La consultation préalable permet de déterminer si le patient a besoin de passer le test. Si c’est le cas, le médecin propose un enregistrement respiratoire du sommeil pour déterminer s’il y a effectivement des pauses respiratoires.

Toutes les consultations, ne donnent pas lieu à un enregistrement. Certains patients consultent pour des problèmes d’insomnies, des troubles anxieux, des angoisses de la nuit, des réveils nocturnes sans raisons. L’enregistrement n’est pas réalisé en première intention. Une prise en charge psychologique peut d’abord se mettre en place. Si dans un deuxième temps il n’y a pas d’amélioration, le test peut alors être envisagé.

 

Les enregistrements du sommeil, comment choisir?

Il existe deux types d’enregistrement du sommeil: la polygraphie ventilatoire et la polysomnographie.

 

Le polygraphe est un dispositif léger qui permet l’enregistrement respiratoire du sommeil. Une fois le patient équipé, l’appareil s’allume tout seul et s’éteint tout seul. Il est en amont programmé par le technicien du sommeil ou le médecin. La polygraphie ventilatoire nous permet de voir comment le patient respire durant son sommeil. On enregistre la respiration via une canule nasale et les mouvements respiratoires au travers de sangles thoraciques et abdominales, la fréquence cardiaque et le taux d’oxygène dans le sang à travers un capteur qu’on place au bout du doigt.

 

La polysomnographie est un examen plus complet et plus précis où on rajoute aux signaux précédents l’enregistrement de l’activité cérébrale. Cela permet d’étudier la qualité de sommeil, de détecter si les anomalies respiratoires du sommeil altèrent la qualité du sommeil. C’est un enregistrement de référence, il n’y a pas mieux en terme de qualité.

 

En revanche, la pose des électrodes est plus complexe, l’appareil est coûteux et tous les médecins n’ont pas forcément les moyens de s’équiper. S’il y a des réticences, le médecin peut proposer une polygraphie en première intention. Parfois cela suffit, car on peut déjà savoir s’il y a beaucoup d’apnées ou pas et engager un traitement. La polysomnographie est surtout utile lorsqu’il y a un doute. Par exemple, le patient se plaint bien de somnolence et fatigue, mais l’interrogatoire laisse des incertitudes car les réponses ne sont pas assez claires. Dans ce cas là, il vaut mieux faire directement l’enregistrement du sommeil.

 

De nombreuses données sont collectées : y a-t-il ronflement ou pas? Si oui, quelle est son intensité? Quel est le temps passé à ronfler tout au long de la nuit? Il y a aussi des mesures du débit respiratoire pour déterminer si la respiration s’arrête totalement, pour connaître son amplitude, à quel taux l’oxygène chute à chaque arrêt respiratoire. En polysomnographie, l’analyse permet de savoir si ces anomalies réveillent le patient, et de déterminer le nombre de micro-réveils.
 

Le chiffre clé, c’est le nombre d’apnées-hypopnées par heure d’enregistrement. C’est à partir de là que le médecin est capable de dire s’il faut mettre en place un traitement et lequel.

 

Où faire l’enregistrement du sommeil?

La polygraphie ventilatoire peut très facilement être réalisée chez soi. L’avantage principal, c’est que le patient reste dans des conditions de sommeil habituelles. Quant à la polysomnographie, elle se fait très souvent en laboratoire du sommeil. Le seul inconvénient c’est la nuit qu’il faut passer à l’hôpital. Mais la situation évolue car de toute façon, les laboratoires de sommeil sont de plus en plus engorgés par des demandes qui ne cessent de croître. Les délais d’attente s’allongent : de 3 à 6 mois à l’hôpital et de 1 à 2 mois dans des centres libéraux privés. Une prise en charge à la maison va faire diminuer cette attente. Et c’est aussi moins cher pour la sécurité sociale et les organismes de santé.

 

De plus certains spécialistes du sommeil n’ont pas forcément accès à un laboratoire du sommeil. Ils vont alors axer la prise en charge à la maison en polygraphie ventilatoire ou en polysomnographie selon les besoins.

 

Dépistage des apnées du sommeil

Les troubles du sommeil prennent une telle ampleur que se développent des techniques de dépistage très simple, en amont même d’une consultation. Il existe par exemple une application Smartphone qui analyse les ronflements. Vous pouvez analyser le bruit la nuit lorsque vous dormez. Au moins si vous doutez de la parole de votre conjoint(e), vous serez fixé(e)!

 

Il existe aussi des dispositifs portables dit systèmes de dépistage ambulatoire, constitués de seulement un ou deux capteurs: soit uniquement avec la canule nasale, soit avec la canule nasale plus un capteur de mesure d’oxygène. Ce petit système est le plus souvent distribué par les mutuelles. C’est certes un dépistage grossier, mais il a l’avantage de constater s’il y a quelque chose ou s’il n’y a rien. Les mutuelles prennent conscience des impacts d’une mauvaise qualité de sommeil sur notre santé générale. Le SAS entre dans le cadre des facteurs de risque des maladies cardio-vasculaires au même titre que le tabac ou le cholestérol. Le corps médical soutient ce geste car il permet d’alerter sur le problème, de faire prendre conscience aux personnes susceptibles d’être atteintes qu’il faut une prise en charge.

 

Le nombre de personnes qui font des apnées du sommeil ne cessent de d’augmenter au fil des années. D’une part l’obésité est croissante dans le monde entier; c’est à la fois une cause et une conséquence du SAS. D’autre part, la pathologie est mieux connue, les gens en parlent autour d’eux, il y a plus de diagnostics. Chez les personnes très symptomatiques, le fait de donner un diagnostic et de proposer un traitement, c’est une libération. Alors n’ayez pas peur de franchir le pas de la consultation.

 

Par Karima Mourjane, d’après un entretien avec le Docteur Thibaut Gentina, Pneumologue à la Clinique de Louvière de Lille.